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Le Concile de Nicée et le judaïsme, 1700 ans après

Le groupement des Amitiés judéo-chrétiennes de Lausanne et son président Pascal Vidoudez ont convié le pasteur Martin Hoegger à la CILV pour une réflexion sur les conséquences pour le judaïsme des décisions prises lors du Concile de Nicée, en 325.

Dans son brillant exposé, notre orateur explique en quoi les décisions du concile ont durablement affecté les relations entre chrétiens et juifs. Par souci de clarté, il nous propose un court historique :

Nicée, aujourd’hui Iznik en Anatolie turque, a hébergé le rassemblement de quelque 250 évêques venus pour la plupart d’Asie Mineure, et convoqués par l’empereur Constantin, fraîchement converti au christianisme. Constantin souhaite l’unité de toutes les églises, il craint les divisions, facteurs de troubles. Ce Concile va donc définir plusieurs points essentiels, en particulier l’affirmation que Jésus est pleinement Dieu, que le Fils est « consubstantiel au Père » (de même nature que le Père), qu'il est engendré et non créé (contre l’hérétique Arius, qui niait la divinité du Christ).

Mais les décisions de ce Concile vont aussi accentuer la séparation d’avec le judaïsme. Même si Constantin a effectivement protégé les juifs de son royaume, force est de constater que les décisions de Nicée se sont avérées néfastes pour le peuple juif : le christianisme ne reconnaît plus qu’il dépend du judaïsme.

Avant Nicée, la controverse était vive ; si, pour l’apôtre Paul, les juifs sont les « frères aînés », dès le 2ème siècle, beaucoup de chrétiens commencent à oublier, voire à nier le judaïsme et se prétendent le « vrai Israël » ; l’origine commune des deux religions tend à s’estomper. Le concile de Nicée consacre la « théorie du remplacement » et accentue l’éloignement des cercles dirigeants de tous ceux qui souhaitent conserver le lien avec le judaïsme.

Dès lors, la vision du judaïsme devient essentiellement négative : rejet de la date juive de la Pâque (14 Nisan), rejet du sabbat, remplacé par le dimanche, et des autres « fêtes de l’Eternel » bibliques, etc… Plusieurs conciles successifs renforceront ensuite cette tendance. Le credo de Nicée(-Constantinople) s’est répandu dans l’empire romain et a fait autorité jusqu’à aujourd’hui. Or, il omet toute référence aux racines juives de la foi chrétienne.

Ce n’est qu’après les horreurs de la Shoah qu’un dialogue judéo-chrétien a repris, notamment en Suisse lors de la Conférence de Seelisberg en été 1947, dont est issu un texte en 10 points qui propose des solutions pratiques pour lutter contre l'antisémitisme, en évitant de présenter le peuple juif comme réprouvé ou maudit, et en rappelant les racines juives de l'Église. Pour autant, le credo de Nicée reste pour l’instant inchangé. Pour mettre un terme à l’omission des origines juives du christianisme, il faudrait peut-être un nouveau concile. Le rêve de notre orateur est qu’un tel événement se produise à la date symbolique de 2033, 2000 ans après la mort du Christ humain.

Jean A. Neyroud