Les moyens financiers pour couvrir les frais de sécurité ne sont pas suffisants

Suite à la décision du Conseil fédéral de participer jusqu’à un montant maximum de CHF 500‘000.- par année aux frais de sécurité des minorités soumises à des risques, la présidente centrale de l’ASI a fait savoir à la cheffe du département fédéral de jus-tice et police (DFJP) que, de l’avis de l’ASI, ce montant ne représentait qu’un premier pas dans la bonne direction.

Le 9 octobre, le Conseil fédéral a adopté une ordonnance qui assure «aux minorités soumises à des risques particuliers de terrorisme ou d’actions violentes extrémistes», dont en particulier aux communautés juives du pays, une participation financière pou-vant aller jusqu’à CHF 500 ‘000.- par année aux frais entraînés par leurs mesures de sé-curité aux plans des constructions, de la technique et de l’organisation. Le DFJP sera l’organe compétent pour son exécution.

Comme s’il fallait encore administrer une preuve de la nécessité d’un tel soutien, un jeune extrémiste allemand de droite domicilié à Halle (Saale de Thuringe), dans le land fédéral de Saxe-Anhalt, a perpétré un attentat terroriste le jour de la séance du Conseil fédéral (par hasard?), mais aussi jour de la fête la plus solennelle du calendrier juif, iom kippou, (pas tout à fait par hasard cette fois?); l’attaque a fort heureusement échoué à la porte de la synagogue comble pour l’occasion. Deux malheureux passants n’ont pas échappé à la mort.

Il faut s’attendre à des attentats terroristes en Suisse également

On recense depuis des années, et dans le monde entier, des attentats terroristes contre des juifs et des institutions juives, et on peut craindre qu’il n’y ait qu’une question de temps avant qu’un attentat terroriste ne soit commis en Suisse. Des attaques antisémites sur des juifs, incluant parfois des violences physiques, ont déjà été commises à plusieurs reprises dans le pays. L’antisémitisme hésite de moins en moins à montrer son vrai vi-sage chez nous.

Un état est responsable de la sécurité de ses citoyens, sans distinction de leur ethnie ou leur religion. On est donc étonné de voir que la Confédération et les Cantons, pourtant en charge de la sécurité de leurs concitoyens, ne se soient pas trop appesantis sur leur responsabilité envers leurs concitoyens de religion juive. En novembre 2017 encore, le Conseil fédéral proposait aux communautés juives de créer une fondation dans le but de couvrir leurs frais de sécurité (on note que ses frais sont actuellement couverts par les communautés concernées!).

ASI: «Un soutien de la Confédération ne peut être qu’une première étape»

La présidente centrale de l’Association Suisse-Israël Corina Eichenberger-Walther s’est adressée à la mi-octobre à la cheffe du DFJP, la conseillère fédérale Karin Keller-Suter, et lui a fait savoir que le soutien financier décidé par le Conseil fédéral n’était, de l’avis de l’ASI, qu’un premier pas dans la bonne direction. Après l’attentat de Halle, l’ASI souhaite vivement que le Conseil fédéral procède à une nouvelle évaluation de la menace et con-clue que les moyens initialement prévus se révèlent insuffisants.

La présidente de l’ASI a rappelé à la ministre de la justice que les femmes, les hommes et les enfants de confession juive ont aussi droit à la sécurité. On ne saurait admettre qu’ils se sentent forcés de quitter le pays, car seul l’état d’Israël leur garantirait la sécurité. (Voir aussi le document PDF ci-contre).

Voici un extrait de la réponse de la Conseillère fédérale Keller-Suter: «Le Conseil fédéral est convaincu que … l’ordonnance …constitue un premier pas vers une meilleure protec-tion des minorités menacées. … Après ces premières mesures, nous allons tester l’efficacité de l’ordonnance avec les autorités partenaires, et dresser avec la FSCI un premier bilan de l’action. (Voir aussi le document PDF ci-contre).

Sous le titre «Sicherheit light» l’hebdomadaire juif tachles a traité ce même sujet dans son édition du 25 octobre.
(RK; traduction: JAN)
 

Traduction de la lettre de la présidente centrale de l’ASI Corina Eichenberger-Walther à la conseillère fédérale Karin Keller-Suter du 14 octobre 2019

Madame la Conseillère fédérale Karin Keller-Sutter
DFJP
Bundeshaus-Ouest
3003 Berne

Zurich, le 14 octobre 2019

Madame la Conseillère fédérale,

L’Association Suisse-Israël salue la décision du Conseil fédéral en faveur de la protection des minorités, juives entre autres : un montant annuel de CHF 500'000.- est mis à disposition. Le fait même que cette décision soit tombée le jour de l’attentat de Halle (D) justifie la nécessité et l’urgence d’une action dans cette direction.

Nous nous tournons vers vous car nous sommes d’avis que la décision de votre Conseil ne peut constituer qu’un premier pas. Après les événements de Halle, nous voulons croire que le Conseil fédéral va procéder à une nouvelle évaluation de situation et réaliser que les moyens qu’il a prévus ne vont pas suffire. Il faut constater avec amertume qu’un réseau international d’activistes violents est aussi présent dans notre pays ; c’est pourquoi une réévaluation de situation est nécessaire.

Les récents débats, qui ne furent pas toujours d’un très haut niveau, sur la nécessité d’un soutien fédéral aux frais liés à la sécurité nous ont causé un réel souci. Nous avons encore en mémoire la décision du Conseil fédéral de novembre 2017, qui encourageait les communautés juives du pays à créer une fondation chargée de financer ces mêmes frais de sécurité.

Chère madame la Conseillère fédérale, nous vous serons très reconnaissants de votre influence efficace si le Conseil fédéral accepte de soumettre sa récente contribution financière à une nouvelle évaluation et à un contrôle de bon fonctionnement, justifiés par des faits connus et récents à Halle et en plusieurs autres lieux en Europe.

Les femmes, les hommes et les enfants juifs doivent pouvoir se sentir en sécurité. Il ne serait pas raisonnable de les voir quitter leur pays de résidence, la Suisse, au seul motif qu’ils ne se sentent désormais plus en sécurité qu’en Israël.

Avec nos salutations respectueuses,
Association Suisse-Israël
La présidente centrale :

Corina Eichenberger-Walther
 

Traduction de la lettre de la conseillère fédérale Karin Keller-Suter à la présidente centrale de l’ASI Corina Eichenberger-Walther a du 13 octobre 2019

Association Suisse-Israël
Madame Corina Eichenberger-Walther
Présidente centrale
CP 9310
8036 Zurich

Berne, le 31 octobre 2019

Chère Madame la présidente centrale,

Merci de votre lettre du 14 courant.

Le Conseil fédéral prend très au sérieux la menace d’actions violentes terroristes, en particulier envers les communautés juives du pays. Il est aujourd’hui certain que la menace provenant de terroristes de type djihadiste en Europe, mais également en Suisse, a atteint un niveau plus élevé depuis quelques années. De plus, on observe dans le monde entier une recrudescence d’actes extrémistes de droite débouchant sur la violence et la terreur, souvent couplée à des assauts antisémites.

C’est pourquoi je suis très sensible aux soucis et à la sécurité de nos compatriotes juifs.

Le Conseil fédéral est convaincu que son ordonnance – entrée en vigueur le 1er novembre 2019 – sur les mesures de soutien à la sécurité de minorités nécessitant une protection particulière (OSMP; SR311.039.6) constitue une première contribution à une meilleure protection des minorités menacées.Dès maintenant des demandes de soutien financier pour l’année 2020 peuvent pour la première fois être déposées à l’Office fédéral de police (fedpol). Les demandes portant sur l’année 2021 sont aussi possibles, jusqu’au 30 juin 2020.

Après l’examen des premiers appels d’offres, nous nous proposons de vérifier l’efficacité de l’ordonnance conjointement avec les autorités partenaires et la FSCI.

Avec nos meilleures salutations,

Karin Keller-Sutter
Conseillère fédérale

(Traductions: JAN)